La Fosse Abyssale de Tombemine, kraken épistolaire

Id de Menace : EDC-4785-Ex Machina "Le Coeur du Monde"

Niveau de Réponse Autorisé : 4 (Menace Sérieuse)

Description : Le sujet est un organisme situé sous la discontinuité de Lehmann, faisant office de noyau solide à la Terre. EDC-4785-Ex Machina est vivant, et émet régulièrement des pulsations. Ces pulsations sont la cause de multiples séismes chaque année, et de nombreuses victimes. Aucune autre information à son sujet n'est connue.

Protocole de combat : Très peu d'informations étant connues à propos du sujet, et le risque d'entrainer des dommages collatéraux étant très élevé, aucune méthode de liquidation viable n'a encore été trouvée.

Historique : Les informations ont été extraites d'un rapport du groupe d'intérêt nommé la Fondation SCP, gracieusement prêté par cette dernière lors d'un échange.

Appendice 1 : Le sujet semble lié aux Cultes Sarkiques.


Salle de réunion A45, Siège de la CMO, New York City, 2012

Personne ne parlait dans la pièce. Toutefois, la salle de réunion A45 n'était pas silencieuse pour autant. Deux des quatre personnes présentes respiraient d'une manière qui trahissait leur appréhension, l'une cliquetait, et la dernière ne faisait aucun bruit, sans doute à cause de son absence de poumons.

La première personne brisa le silence.

"Comme convenu, voici les analyses des textes qui vous nous avez gracieusement prêté, général Théodule."

La quatrième personne, une femme plutôt jeune, et dont la beauté semblait si artificielle qu'elle déclenchait le malaise chez les autres, demanda :

"Et moi ? Vous n'allez pas me dire que les archives que je vous ai laissé consulter ne vous ont servi à rien, monsieur Henderberg ?"

La deuxième, un homme arborant l'uniforme de la CMO, frissonna en remarquant les dents pointues et la langue bifide de la jeune femme.

Henderberg reprit la parole :

"Bien sûr que si, elles ont même été les plus intéressantes, au niveau du contenu, pour résoudre notre problème. Enfin bref, venons-en au sujet. L'entité que nous nommons tous selon un nom différent, SCP-4589-FR, EDC-4785-Ex Machina, Yaldabaoth, ou le Cœur, a encore pris cinq kilomètres de diamètre cette dernière année. Les séismes causés par sa croissance ont pris une ampleur considérable. Une centrale nucléaire a explosé au Japon l'année dernière."

Le troisième individu, un ensemble de plaques de métal et d'engrenages ayant la forme d'un géant trapu au centre duquel était visible un cerveau mécanique.

"Nous nous moquons de ceci, Dr Henderberg. Venez-en aux faits."

"Ahem, vous avez raison, général Théodule. Nous pensons avoir localisé l'emplacement de la demeure de l'Ancêtre, et là où le Cœur devrait revenir. Il s'agirait du manoir d'Oradea, en Roumanie. Les descriptions de vos archives semblent correspondre à ce lieu, encore en ruines. Enfin… en apparence. Les agents de terrain de la CMO ont relevé la présence de nombreux organismes sarkiques dans les environs."

La jeune femme siffla de rage.

"Ne nous comparez avec ces chiens. Nous n'avons rien à voir. Ils osent renier la parole d'Ion."

Le général Théodule pointa sa "tête", une demi-sphère cuivrée sur laquelle étaient installés des dispositifs ressemblant à des yeux mécaniques et des lentilles diverses, vers la sarkique.

"Un grand nombre de personne n'acceptent pas votre "Ion", mademoiselle Lamia. Sachez ceci."

Lamia jeta un regard empli de rage vers la machine, et manqua de déverser sur lui un flot de jurons, mais se retint. Le représentant de la CMO, quant à lui, se racla la gorge, et pris la parole, d'un ton calme et assuré.

"Nous pensons que le Cœur refera surface dans moins de trois mois. Je ne pense pas que la diplomatie soit un concept qu'il chérisse. Nous devrons combattre."

"Nous nous en chargerons. Ces rebelles ont été vaincus par nos ancêtres. C'est à nous qu'incombe la tâche de les exterminer une bonne fois pour toute."

Lamia avait parlé d'une manière sèche, trahissant sa colère. La voix gutturale de Théodule sonna.

"Éliminer la chair est notre mission. Pas la vôtre."

Henderberg, dans une tentative de calmer les deux ennemis, se leva et posa les mains sur la table.

"C'est pour cela que la CMO et la Fondation ont travaillé conjointement à élaborer une stratégie pour éliminer le Cœur et ses forces."

Il marqua une pause.

"Voyez-vous, nous avons pendant un moment pensé que l'Église de la Lumière mentionnée était l'Église du Dieu Brisé, ou bien l'Ordre de la Lumière, jusqu'à ce que des recherches complémentaires nous apprennent qu'il est fait mention de cette Église dans de nombreux textes à travers le monde. Cette Église a été associée à de nombreux slogans, comme "Soupçonner, Capturer, Punir" au début du onzième siècle, où elle possédait un comportement inquisitorial, ou "Secourir, Conserver, Protéger" lorsqu'elle était observée en train de secourir des populations souffrant d'effets anormaux. Je pense que vous avez compris ce qu'il s'est passé lors de la dernière attaque des forces du Cœur."

"Qu'est-ce que vous nous proposez, comme bêtise, encore ?" demanda Théodule. "Une alliance militaire ? Quelle bonne blague. Nous irons en croisade face à la CHAIR, au nom de Bumaro, et les Sarkiques seront les suivants à goûter à nos lames cuivrées."

"Si vous désirez. Vous vous ferez écraser. Nous vous observons depuis longtemps, les troupes de l'Orthodoxie de l'Engrenage faiblissent, alors que celles du Cœur se renforcent. Nous avons pu instaurer une trêve temporaire entre nous, nous pouvons la prolonger pour combattre. L'armement lourd de la CMO et de la Fondation, les combattants spécialisé dans la lutte contre la chair de l'Orhodoxie, et les connaissances en thaumaturgie sarkique des Cultes. Je pense que nous pourrons aisément venir à bout de cette menace."

Henderberg serra au représentant de la CMO, puis tendit sa main à Théodule tandis que l'autre la tendait vers Lamia. Les deux hésitèrent un instant, puis serrèrent les mains. Il refusèrent néanmoins de se toucher entre eux.


La base de l'Alliance entourait entièrement le manoir. Ce dernier était un ensemble de ruines calcinées perchées en haut d'une falaise, donnant sur une crique au bord de la Mer Noire. Il était possible d'accéder, par cette crique, à un ensemble de grottes disposées dans la falaise. En descendant depuis le manoir, on pouvait respectivement tomber sur les ruines de l'entrée, en très bon état, et pouvant servir d'habitation à elles-seules, puis sur l'entrée d'un réseau de tunnels menant aux grottes, et parcourant l'ensemble du domaine, et enfin sur la forêt, encerclant l'endroit maudit. Encore plus bas, on trouvait un petit hameau dont les habitants avaient disparu, chose étrange.

La plupart des membres de l'Alliance évitaient ceux appartenant à d'autres factions, n'arrivant pas à mettre de côté leurs différents. La plupart, mais pas tous. Le capitaine Bigby et le hiérarque Baldwin étaient occupés à vider une bouteille de whisky, un des meilleurs créateurs de liens sociaux depuis sa découverte. De plus, les deux partageaient une solitude nourrie par l'incompréhension de leurs semblables. Bigby, surnommé ainsi en référence au personnage de comics qu'il adorait, n'était pas un canon de beauté. Son crâne chauve, gardant tout de même quelques mèches, était tatoué d'un "A" au fer rouge, qui laissait une cicatrice peu ragoûtante. Ses veines étaient verdâtres, gonflées, et palpitaient à un rythme discontinu. Du sang inhumain coulait dans ces dernières, donnant un aspect bestial et une aura impressionnante à ce corps torturé et chétif.
Seuls ses subordonnées le respectaient, craignant la bête qui se réveillait lorsque ce dernier faisait couler le sang. On lui donnait le nom de la Chèvre lorsque son corps se laisser emporter par la frénésie du combat. Cependant, son grand calme et sa maitrise de cette forme abominable lui avaient permis de conserver son rang, et même d'être affecté à la seule compagnie constituée exclusivement d'individus anormaux de la CMO.
Et ce calme, Bigby l'exprimait en ce moment même, avec sa légendaire joie de vivre, occupé à vider son verre aussi vite que Baldwin. Le hiérarque, lui, était rejeté par les mekhanites avec son ordre pour une raison sensiblement différente. Il dirigeait une branche dissidente de l'Orthodoxie de l'Engrenage qui partageait un point commun avec les sarkiques : l'adoration de la maladie. Baldwin, aussi connu sous le sobriquet de "l'Écorché", était lépreux. Lui et ses fidèles considéraient cette maladie comme bienveillante, le débarrassant du fardeau de la Chair. Il était un des partisans de la Trêve, considérant que la guerre entre mekhanites et sarkiques était idiote, et que les deux cultes devaient cohabiter, ce qui lui valu son deuxième surnom : "L'Idiot". Il était souvent dépeint par ses proches comme un homme bon, et d'une grande sagesse, dont l'âme gagnait en complexité au fur et à mesure que son corps était rongé par la maladie. Il était pourtant un redoutable combattant, ses dons de thaumaturges donnant aux coups de sa vieille épée brisée la force d'une montagne.

Ses prothèses mécaniques remplaçant le chair tombée couplées à l'incapacité de ressentir la douleur que lui procurait sa maladie en faisaient un des combattants les plus résistants de l'Orthodoxie.

Cependant, laissons-les profiter d'un moment de répit bien mérité. Nous reviendrons à leur histoire lorsqu'ils auront décuvé. Penchons-nous plutôt sur le général Théodule, qui semble très confiant. Peut-être trop, même ?

Le géant de cuivre et de fer se reposait dans un temple fabriqué quelques jours plus tôt. Ce même temple approvisionnait la zone contrôlée par l'Orthodoxie en énergie, grâce aux gigantesques centrales qui se développaient seules, comme un cancer mécanique, engloutissant des torrents de charbon minés par des hordes de machines.

Théodule se nourrissait du pétrole que son trône lui fournissait via ses ports dorsaux. Cet homme avait atteint un privilège que seuls l'élite de l'Orthodoxie pouvait espérer posséder : parvenir au plus proche du Dieu Brisé en abandonnant la moindre parcelle de chair, ne conservant que l'esprit, conservé dans un corps parfait, ne vieillissant jamais et plus puissant, aussi bien physiquement que psychiquement, les réflexes et instincts étant remodelés pour ne procurer aucune gêne lors des combats. Cependant, les-dits instincts lui indiquaient que quelque chose ne tournait pas rond.

Il avait demandé à être seul. Soit, il l'était. Mais son expérience lui avait appris à ignorer les sons des machines assourdissantes qui peuplaient le temple, et aucun son ne provenait de l'extérieur, là où auraient dû se trouver les gardes d'élites, habituellement bruyants.

Les portes de la salle s'ouvrirent bruyamment. Dans l'encadrement, une silhouette humaine, entièrement recouverte d'une toge noire recouverte de dorures. La chose n'avait pas de pieds, flottant au dessus du sol. À vrai dire, Théodule ne distinguait pas la moindre parcelle de chair sous l'épais tissu, et il n'aurait pas été étonné de faire face à un simple drap animé. Une voix gutturale résonna.

"Chien."

Théodule tenta de se lever, pour infliger une bonne correction à l'intrus. Cependant, ses conduites à carburant refusèrent de se déverrouiller, l'enchainant sur son trône.

"Quoi ? Quelle est cette sorcellerie ?"

"Étranges chose que le métal. Rouillé, il devient peu fiable, et enclin à des dysfonctionnements. Je n'y suis sans doute pour rien dans votre mésaventure. Sachez que mon seigneur, enfin, notre seigneur, m'envoie vous annoncer que vous avez trois jours pour vous rendre. Vous serez réintégrés à notre culte, sous la forme de soldats, de réserve de chair, ou bien… dans votre cas… de lames recyclées. Sachez que tout refus de votre part terminera en bain de sang."

"Nous ne nous rendrons jamais. Pas face à la Chair."

"C'est votre choix. Cependant, je ne peux prendre le risque de vous laisser participer à la bataille qui viendra. Que le Doigt du Cœur vous touche et que Sa marque vous cloue sur place."

Sur ces mots, la chose se pencha brusquement en avant, retirant sa cape. Cette chose n'était pas humaine. Théodule était même incapable de dire si cette chose avait pu l'être un jour. Un amas de chair chaotique d'où émergeaient des crânes et des dents divers lui faisait face. Un os, semblable à une colonne vertébrale affutée, jaillit de l'être, propulsé par des muscles s'étant contractés à une vitesse affolante. A l'instant où le "doigt" pénétra dans le métal, le général sombra dans l'inconscience, état qu'il n'avait plus connu depuis des décennies.

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est protégé par la licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License