Zone du Dr. Ordo Tempestus

La créature se contorsionna une dernière fois dans vers une direction innommable. La créature zigzaguait entre mes compagnons, tel une masse viscérale incomplète, une créature qui n’avait pas finie sa gestation. Pendant qu’elle se mouvait dans un espace inconnu, elle produisait un son ignoble, semblable à un gargouillis gastrique, ce qui provoquait en moi un profond dégout. Elle outrepassa le miroir sans teint derrière lequel je m’étais réfugié, pensant échapper à ses griffes vengeresses. D’un mouvement vif et désespéré, je m’emparai d’un talisman qui était posé sur l’établi, et je le brandis face à ma création, d’un geste violent et mécanique. La créature se stoppa net dans son élan, comme si elle se heurtai à une muraille spirituelle, qui m’était cachée. Elle eut quelques convulsions, emmenant alors des petits cris, semblable à ceux d’une souris que l’on écrase sous son talon.
Je pris alors une paire de gants chirurgicaux immaculés, et je les passai au-dessus de mes mitaines usées, pour éviter tout risques de contagions. Cachant mon dégout, je me saisis avec précautions de la créature, et j’entama de la mettre dans l’incinérateur. Levant mon bras droit, j’actionna sans effort la manette qui ferma le container et qui l’emmena dans l’incinérateur, un endroit où les flammes purificatrices détruisent toutes traces de nos travaux. J’observais sans bruit la boite disparaitre dans les flammes, puis, je repartis à mes occupations.
Je porta mon regard sur ma montre, et pris plaisir à observer les aiguilles accomplir leur ronde parfaitement orchestrée, une ronde, un cycle immuable qui ne s’arrêterait jamais. Ceci me calme, et me permet de m’accrocher à un repère temporel dans ce monde en changement.
Il était 18 heures, l’heure à laquelle je dois prendre mon poste de transmetteur. Je m’assis en tailleurs dans ma chambre, et j’entama la projection. C’est toujours éprouvant pour moi, mais acceptable, et au vu de l’utilité de la manœuvre, c’est primordial de bien la réaliser. Je sentis mon esprit s’échapper de mon corps, et ce fut le blanc total. J’étais toujours en position assise, mais cette fois-ci dans un espace totalement blanc, et j’étais au centre d’une sphère.
Je me voyais de dos, et je pouvais me voir assoupi, les yeux fermés, une main supportant ma tête. Mes muscles étaient relâchés, et je ressemblais à un mort.
Il fallait me concentrer, canaliser l’énergie spirituelle de deux êtres et les relier. Soudain, mon espace ou je me trouvais vira au rouge, et une voix parla dans la pièce, cette voix, je la connaissais bien, c’était celle de Rass, mon employeur.
« -Bonjour Brise, comment vas-tu ?
-Fort bien Monsieur, et vous ?
-De même, mais j’aimerais joindre ton camarade Fibre.
-Bien sur Monsieur, je l’appelle immédiatement. »
Je connaissais la procédure. Je devais me focaliser sur son visage et établir la connexion. Voyons voir, je le côtoie tous les jours, donc, je m’en souviens très bien. Je rassemble mes souvenirs, et je me concentre sur son nom. Je sue tant ceci m’est ardu, mais ça s’installe, la connexion se stabilise …
C’est bon ! Il est présent, j’entends sa voix.
« -Salut Brise, qui souhaite me joindre ?
-Rass lui-même, allez, ne le fais pas attendre, je redirige le lien. »
Je devais me concentrer, isoler leurs deux longueurs d’ondes, et les accorder. C’est harassant, mais c’est bon, ils sont connectés. Dans ma tete, le temps ne s’écoule pas pareil. Le temps disparait pour laisser place à l’instant. Il n’y a aucune logique à cela, mais dans ma réflexion, je supposais que cet espace est en vérité une microseconde qui se divise à l’infini. Pourquoi ? Comment ? Je l’ignore. Je suis né avec cette capacité, et même Rass est perplexe aux propos de mon « don ».
La sphère vira au rouge, et j’entendis de nouveau la voix de Rass.
« -Merci beaucoup, je sais que c’est éprouvant pour toi, mais c’est primordial pour la suite.
-De rien Monsieur, et j’ai tout à fait conscience de mon état, et de mon utilité.
-Je mets fin à la communication, à demain. »
Puis ce fut le blanc total de nouveau, pas un bruit. Un silence parfait, un silence presque oppressant, presque terrifiant même.
Je reconcentras mes forces, et j’entama le processus de retour. Je sentis mon esprit reprendre possessions de mon corps, puis je pus revoir par mes yeux.
Machinalement, je portai ma montre à mes yeux. Il est 18h 00 et une seconde. Parfait.
Je m’étira longuement, harassé par la communication. Je fis craquer mes phalanges, puis j’entrepris de me lever, et, je sortis dans le couloir en baillant. Je vis au passage Fibre me saluer d’un rapide mouvement de la main.
Je me mouvais sur approximativement cents mètres avant de pousser la porte de mon laboratoire, et les lourds gonds exprimèrent un rauque grincement, semblable à un géant qui se raclait la gorge.
Mon laboratoire était sur-éclairé, et seul une vacillante lampe était cassée. Sur une étagère poussiéreuse s’entassait une trentaine de vieux grimoires occultes, et un cercle bardé de triangles divers et étranges était tracé à la craie noire sur le sol blanc. Une enceinte était placée au centre du cercle, et une tasse était placé dessus.
Je m’approchais afin de vérifier que le liquide était encore dedans quand je remarquai qu’un triangle était malformé. D’un geste las je retraça le triangle puis je sortis du cercle. Je m’emparai alors d’un casque anti-bruit, que je plaçai sur mes oreilles.

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