Mr Lobbe

(Faites pas gaffe, c'est le début d'un conte)

-Putain de bordel de Dieu!

Ça devait faire environ dix minutes que l'agent Sparc tentait de dialoguer avec un des autochtones du village. Malheureusement, ces derniers ne semblaient ni comprendre, ni vraiment essayer de communiquer. Le plus étrange étant que l'agent Sparc était originaire du pays, et en parlait tous les dialectes connus :

-Laissez tomber Doc, c'est comme parler à un mur habillé de guenilles, qui n'aurait pas pris de douche depuis une bonne dizaine d'années. Sauf que le mur, lui, il a la décence de fermer sa gueule.

Le langage fleuri qui caractérisait mon camarade de mission ne me dérangeait pas, j'y étais habitué. Et j'étais d'accord avec lui sur ce point : On ne tirerait rien des habitants du village à propos de la Forêt.

Nous avions été tous les deux envoyés par la Fondation afin de découvrir la source d'une rumeur qui commençait à prendre trop d'ampleur. Moi, le Docteur Jain, en temps que scientifique expert en à peu près tout ce qui se rapproche de près ou de loin à des SCP's, lui, l'agent Sparc, en temps qu'agent de terrain auquel on a donné une carte blanche et un bon nombre d'armes à feu, et enfin eux, en temps que… eh bien, en temps que chaire à canon, "au cas où". Nous étions en effet accompagnés d'une petite dizaine d'anciens détenus, dont on avait complètement oublié les noms, pour leur attribuer un matricule plus simple à retenir.

Le fait est que pour l'instant, nous étions dos au mur. La rumeur parlant de la Forêt était apparue sans crier garde, ne se basant sur aucune sombre légende maya connue, et ayant une version pour chaque région du pays. La Fondation avait localisé la source de la rumeur, et nous avait envoyé sur place, afin de tirer les choses au claire, et de faire le travail s'il y en avait. Mais mon travail, pour l'instant, consistait principalement à essayer d'empêcher mon équipier d’assommer un villageois famélique avec la crosse de son Colt :

-Je vous préviens… Je vais vraiment vous faire bobo si vous persistez à me déballer votre charabia de merde inaudible…

-Sparc, arrêtez, on est ici pour leur demander leur aide, et pour les aider s'ils en ont besoin. Rappelez vous les ordres qu'on nous a donné.

-Mais ce merdeux ne veux pas me dire où se trouve leur foutue Forêt ! Comment je suis sensé l'aider si je ne sais même pas où…

Soudain, le villageois, qui était resté prostré dans son coin pendant que nous parlions, se leva, et montra une direction de son doigt squelettique. Ses yeux étaient vide, son teint livide, et il tremblait tellement que la crise d'épilepsie me semblait une option probable pour expliquer son état. Il prononça deux mot : "La Forêt", et s'effondra sur le sol, sans vie.

L'agent Sparc tourna vers moi des yeux ronds : "Bon… On y va ou on attend de finir comme lui?"

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Au bout de plusieurs heures de marche, nous étions enfin arrivé devant un mur végétale, qui semblait exclusivement constitué de séquoias géants ; autrement dit : On en menait vraiment, mais alors vraiment pas large. On se sentait insignifiant, et même… Moins qu'insignifiant, parce que l'insignifiant, bien qu'insignifiant, existe. Là… Nous n'étions rien. Les cimes des séquoias se perdaient dans les nuages, et le diamètre de leur tronc était tout simplement phénoménale. Non, pas seulement phénoménale ; impossible aussi. Il y avait forcément une force surnaturel qui intervenait.

Je n'ai pas eu le temps de me poser la question "comment un truc pareil a put passer inaperçue?" ou même "Rappelez-moi, pourquoi je suis là?", que mon collègue était déjà en train de s'introduire dans la masse sombre et menaçante qui constituait la forêt, derrière le mur. Bien qu'un peu décontenancé, et complètement assailli par l'idée que notre mission pourrait très bien être effectuée par d'autres personnes, plus compétentes, plus passionnés, et tenant beaucoup moins à la vie, je le suivais avec les détenus.

Nous progressions lentement, et devions nous arrêter souvent ; les végétaux qui poussaient dans cette forêt n'était pas au bon endroit, ni à la bonne époque. Des Hymenaea protera poussaient à côté d'orchidées sauvages, et les arbres que nous rencontrions semblaient présents depuis des années, voir des siècles ("Des siècles?"). Point positif toutefois : Le sous- bois était relativement lumineux, comme si tous ces arbres, dont les cimes dépassaient notre champ de vision, laissaient passer le soleil.

Chose étrange, nulle trace de vie. Pas un mammifère, pas un lézard, pas même un insecte. Parfois, nous croisions un buisson de taille humaine, avec une forme étrange. Les détenus plaisantaient nerveusement entre eux ("Eh t'as vu celui là? On dirait ta mère, mais en attirant !" -"Tu vas beaucoup trop loin !" -"C'est exactement ce qu'elle m'a dit hier soir!"), mais leurs visages crispés ne reflétaient nullement la quiétude et la sérénité que nous aurions tous voulu ressentir. On y voyait la peur, une peur instinctive, celle qui refroidis les extrémités du corps et irrigue le sang dans les jambes. Celle-là même qui fait partir l'imagination en vrille.

C'est à ce moment que, brisant le silence pesant, retentit le cri. Cela venait d'un détenu resté en arrière, et qui faisait face au tronc d'un chêne gigantesque, dont les glands auraient sûrement assommés une enclume. Ses camarades, venus voir, affichaient une mine de dégoût presque comique. Quand j'arrivais devant le tronc, je me senti tout à coup fébrile. Il fallait que l'on parte. Vite. Maintenant. Avancer? Pourquoi faire? Pourquoi vouloir en savoir plus? Ce que l'on savait suffisait amplement.Maintenant, on savait la chose suivante : Il ne fallait pas chercher à en savoir plus.

Dans le tronc, il y avait un visage.

Un visage humain était incrusté dans le tronc. Un visage de femme, ou d'enfant. L'agent Sparc s'approcha, et toucha le visage de la machette dont il se servait depuis le début pour accélérer notre progression. Il hachait les lianes et les racines, coupait tout ce qui entravait notre marche. Au premier contact, le visage s'éveilla, et une voix atroce murmura:

"Tapā'īṁ mērō chōrāchōrī li'ēra"

Une bonne partie des détenus essaya de s'enfuir ; Sparc chercha calmement dans sa poche, trouva la télécommande, et appuya sur le bouton : "bande de petites raclures". Les détenus qui s'enfuyaient tombèrent sur le sol, morts, un sourire dément sur le visage.

"Si vous voulez pas crever comme ceux-là, je vous conseil gentiment de pas vous tailler !" beugla l'agent Sparc. Le "calme" revenu, on a continué de marcher. Les silhouettes que nous voyions maintenant dans les buissons sont de moins en moins recouvertes. On voyait de plus en plus leurs formes. Leurs bras. Leurs jambes. Leurs visages. Leurs os.
On approchait probablement du centre de la Forêt. L'agent Sparc continuait d'utiliser sa machette, pour couper les végétaux, et j'aurais tellement voulu qu'il arrête. Ça ne servait à rien, le par-terre végétal était plat, et les plantes formaient presque une haie d'honneur.

On arriva finalement à une clairière, ou les "buissons" étaient encore plus nombreux, et encore moins végétaux. Les gens qui était là étaient normaux ; ils portaient des vêtements de ville, et aucun équipement. Il y avait des vieux, des jeunes, des très jeunes, des hommes, des femmes avec des très très jeunes dans des poussettes… Tous recouverts de lierre et de fleurs. Je regardais derrière moi : Les détenue s'étaient rendus compte que leur peau était devenue marron et rugueuse, et que des feuilles poussaient sur leurs têtes. L'agent Sparc était devant moi, et il se retourna pour me regarder. Ses yeux étaient des billes de bois, et ses os sortaient de son corps comme des branches.

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