Conte voyage galactique
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Cellule 198-E, Site Beth

13 mai 2018.

22h00.

C'est fascinant les couchers de ce soleil : voir une orbe luminescente suivre le même trajet, chaque jour, chaque heure, chaque minute,… sans une seconde de retard.

Ça fait cinq jours terrestre que je suis sur cette planète et on pourrait se dire qu'au bout d'un moment il en aurait marre le soleil, qu'il connaissait bien la courbe de la Terre et qu'il ferait mieux de changer de perspective avant sa retraite, mais non… Il continue. Poursuivant le même mouvement, encore et encore, inlassablement. Borné.

Puis j'ai appris un truc : que c'était nous qui tournions autour de lui, et, apparemment, nous n'étions pas les seuls. Bizarre cet univers-ci.

J'en connais certains qui s'ennuient vraiment dans leur vie, au point de tourner en rond, littéralement, comme ces astres stupides qui épient comme des vieux pervers le soleil.

Ces "certains" font toujours la même chose, chaque jour, en souhaitant que leur vie change mais ne faisant rien pour prendre part à ce changement. Alors eux aussi reluquent le soleil, au risque de se brûler les yeux. Ou de se faire passer pour des goujats cosmiques.

Puis j'ai appris un autre truc : que j'étais le seul à avoir ce genre de réflexion car les autres se fichaient royalement de la pudeur du soleil ou de la perversité de leur belle planète bleue.

Car oui, je ne viens pas de cette planète, et tant mieux ! Car eux n'entendent strictement rien. Pour eux, les "objets " sont inconscients.

Je me doutais qu'ils étaient pas fut fut, mais à ce point ! J'ai eu beaucoup de mal à croire que les terriens ne parlaient pas à la matière, c'était très difficile à croire.

Bref, du coup, avec les copains, durant un road trip galactique avec Jupiter, un sacré déconneur lui (même s'il prend du poids), on s'est un peu paumé et le temps de trouver un endroit où demander des renseignements, on était déjà emmené et envoyé derrière Roger, Victoria et Bolinopurti, et ils sont vachement drôle eux ! Enfin chacun à leur manière.

En clair, là les trucs blancs et noir qui nous ont emmené parlent un langage bizarre et nous observe moi et mes copains sans prêter attention aux anciens locataires. Aucun respect ces terriens, vraiment. Et donc avec Sakroamdrka et Pfihropnimome, on a décidé de se barrer ce soir histoire de trouver des personnes avec un langage plus cohérent, et non pas des borborygmes buccaux disgracieux. Et on emmène Roger avec nous, lui au moins semble en connaître un rayon et a pas une mentalité de merde… Comparé au reste de cette planète pourrie.

Sinon avec tout ça j'oublie la politesse, je me nomme Zeolinumda, je viens d'une petite bourgade sympathique de l'univers mineur 3i, pas super connue, avec deux de mes copains d'enfance, et on veut juste trouver un open space ouvert histoire de se mettre bien.


Aile E, Site Beth

13 mai 2018.

22h10.

- Toujours aucune infos sur eux ?

- Négatif, les entités n'appartiennent à aucun Site connu de la Fondation, le lieu de la découverte n'a pas été catalogué comme ZASF1 et nos contacts avec les divers institutions gouvernementales officielles et officieuses n'ont rien donné. En résumé mon général, on ne sait foutrement pas d'où sortent ces poutres parlantes.

Observant tour à tour son collège et les entités derrière les grilles, Mark Molina émit un faible soupir, trahissant une semaine chargée et le poids de dizaines d'années de service au sein de la Fondation, dans un murmure à peine perceptible, il répondit :

- Et on peut savoir comment vous êtes tombé sur eux ? Je n'ai pas encore lu le rapport de découverte et j'ai pas la tête aujourd'hui à décortiquer le jargon militaire, cinq foutus jours que vous avez capturé ces choses et c'est maintenant qu'on m'appelle.

S'éclaircisant la gorge, le commandant Alessandro Vikovitch récita d'une voix ne trahissant aucune hésitation, la découverte des entités, les mains derrière le dos et la tête haute et droite :

- Le 8 mai 2018 à 14h00, en plein milieu sa ronde biquotidienne, le soldat Sornim a aperçu des mouvements suspects en plein milieu du désert du Sahara. Après être arrivé sur place accompagné de cinq de mes hommes, en formation afin de quadriller la zone et d'éviter une embuscade, un des soldats, Jenkins, a intercepté l'entité.

- Une seule ? Mais ils sont trois à ce que je sache.

- Oui, mais les deux entités restanteq étaient déjà… dans le camion de rapatriement… destiné à l'entité.

Cessant de regarder les poutres confinées derrière une vitre blindée, le général Molina tourna lentement la tête, regardant droit dans les yeux son subalterne, une expression de profondeur perplexité se lisant sur son visage.

- … Vous êtes en train de me dire que personne n'a surveillé le camion ? Je croyais que vous aviez quadrillé la zone !

Une légère goutte de sueur perlant de son front, Alessandro reprit son récit :

- Oui mon général, mais il semble que les entités aient… contournées nos procédures de sécurité pour s'introduire dans le camion.

- Et qu'est-ce qu'elles y faisaient ?

- … Rien non général, elles ne faisaient rien. Sur le coup nous étions un peu sur les nerfs mais je jure qu'elles semblaient… attendre l'entité que nous avions intercepté.

Fronçant les sourcils, il reprit son observation des entités confinées avant de répondre, sur un ton nettement plus hésitant :

- Probablement mémétique, ou autre. Peu importe, elles ont montré un quelconque signe suspect trahissant des capacités physiques étranges ?

- Hm… oui mon général, elles..
Cela reste de la simple supposition mais… elles semblaient… parler avec la voiture, ou du moins émettre des sons en direction des composants de la voiture.

Haussant un sourcil interrogateur, le commandant ne lui laissa pas le temps de poser une question qu'il continua.

- Bien entendu les sons furent enregistrés et stockés sur notre base de données, mais les experts linguistes sur place n'ont rien trouvé de concluant, et cela sur l'entièreté des langues connues, du français à l'anglais en passant par le sumérien ou le patois sénégalais du milieu du 14e siècle. Rien, aucune ressemblance, et pour cause : les sons produits ne sont pas reproduisibles par notre espèce, ou par aucune autre connue d'ailleurs.

- Et les scientifiques, ils en disent quoi ?

- Ils sont aussi étonnés que nous : ils ne mangent pas, ne dorment pas, ne respirent même pas, ou du moins aucun gaz connu, et semblent même contrôler les objets.

- Qu'est-ce qu…

- Je vous aie dit qu'ils parlaient avec eux, et bien ils semblent également capable de les contrôler avec leur… langage.

- Ça se traduit comment ?

- Par exemple pour l'injection de diverses vitamines, leur "peau" possédant la même dureté que celle d'un éléphant nous avons utilisé des aiguilles plus épaisses. Les deux premières entités n'ont absolument pas réagis, mais la troisième a émis plusieurs sons avant que l'aiguille ne se plie et pique le chercheur la manipulant, allant même jusqu'à… le poursuivre en se jetant et en rebondissant, comme un… pogo.

Un silence gêné s'installa entre les deux hommes. Ce silence était entrecoupé de bruits étouffés semblant provenir de la cellule de confinement des trois entités inconnues.

- Hm euh, bien. Et hormis cette caractéristique… spéciale, ont-ils montré un quelconque signe de rébellion ou de danger pour vos hommes, ou notre structure ?

- Non mon général, elles se montrent pacifiques et… étrangement calme, comme si elles étaient juste… ennuyées par la situation, et non contrainte.

Jetant un dernier regard en biais à ces nouveaux-futurs-SCP, le général Molina hésita un instant avant de prendre sa décision, la décision pour laquelle il était ici ce soir :

- Aaah bien, transférez -les au Site -19. Ils n'ont pas l'air d'être des armes de destruction massive, mais ont le mérite de posséder des facultés… difficilement contrôlable. Je veux également des linguistes sur le coup, mais aussi quelques médecin histoire de voir comment ces choses fonctionnent en interne. Et aucun radar, gps ou autre qui démontrerait un quelconque lien avec un GdI ou un groupe ennemi ?

- Non monsieur, aucun signal d'al…

Le coupant en plein dans son élan, une alarme stridente emplie la zone, obligeant les deux militaires à hurler pour se faire entendre.

En quelques secondes, la relative sûreté des lieux se transforma en authentique zone de guerre, où à tout instant, un accident pouvait se produire, mettant en
danger leur vie, le site,… le monde.

- BORDEL DE MERDE, QUELLE CELLULE EST CONCERNÉE ?

Regardant autour de lui d'un air paniqué, le commandant Vikovitch s'exclama :

- PAS UNE CELLULE MONSIEUR, MAIS UN SECTEUR : CETTE ALARME À ÉTÉ DÉCLENCHÉ MANUELLEMENT, UN OBJET EST PARVENU À S'ENFUIR SANS QU'AUCUNE BRÈCHE N'AIE ÉTÉ SIGNALÉE !

Se dirigeant d'un même pas vers ledit secteur, leur arme de poing à la main, les deux hommes se regardèrent avant d'hocher imperceptiblement la tête et de prendre chacun une direction, le pistolet à hauteur de regard.

Ce fut le général qui aperçu en premier la cause de l'alarme.

- Mais… c'est ces poutres…


Cellule 198-E, Site Beth

13 mai 2018.

22h05.

- Eh mec, je pense pas qu'ils vont nous dire où on trouvera un open space ! On ferait mieux de se barrer.

Se retournant vers leur complice, Sakroamdrka et Zeolinumda n'echangèrent qu'un regard avant de soupirer, en même temps.

- Aaaah… bon… ouais t'as raison, on glande depuis cinq jours terrestres ici, il serait temps de trouver des gens sympathiques. Bon, Roger connaît le chemin mais Bolinopurti veut pas se décaler pour nous laisser pass…

- Eh oh, c'est pas que je veux pas vous laisser passer les mecs, mais je veux aussi que vous m'emmeniez avec vous, ça craint cette planète !

Pfihropnimome l'interrompre d'un geste dans son monologue.

- On a en déjà parlé mec, et notre vaisseau peut pas prendre plus de quatre choses conscientes en même temps !

- Roh allez, je suis juste une putain de serrure, je prends pas de place ! Les humains, ça craint, ils nous écoutent même pas et se comporte avec nous comme si on avait pas de corps ! J'ai entendu l'alarme tout à l'heure, et elle a dit que t'as convaincu Pedro de botter le cul de son porteur humain ! C'est trop la classe ! Et je te promets de gérer mes molécules, elles vont pas criser dans votre vaisseau de pauvre.

Se retournant d'un coup, le plus colérique du trio pointa du "doigt" la serrure de porte, une expression qui ferait fuir un oreiller était visible sur son visage.

- Ok alors de un, je sais pas de quelle matière t'es fait mais tu vas te calmer direct, on est pas tes chiens. De deux, ce vaisseau de pauvre est pas..
Ok c'est un MVT-31 et pas un truc de bourge, mais on fait ce qu'on peut et on est pas encore à notre deuxième ère acier. Et de trois, les pauvres pourraient être ta porte de sortie vu que t'es pas foutu d'avoir des parties qui bouge !

- Ouais, comme dit mon pote. Et en plus, tu sais très bien que c'est la quantité de conscience qui prime, pas la taille. T'as pas appris ça ?

Une expression contrariée sur le visage, la serrure de porte hocha lentement la tête avant de poursuivre.

- Ouais je… je suis désolé, ok ? C'est… juste que… bordel ça fait trop longtemps que les humains écoutent plus la matière, ils ignorent même notre regard, je veux juste me barrer et plus jamais revenir. Je veux juste… parler avec d'autres putains de serrures, est-ce que c'est trop demandé ?

La fenêtre en verre blindée émit un bref rire de diva avant de regarder d'un air cynique la serrure de porte.

- Oh bouh-ouh, je crois que je vais pleurer. La pauvre petite serrure rouillée veut retourner à sa maison pour avoir des papouilles. Grandis un peu, tu savais à quoi t'en tenir en venant ici, sur cette planète. Alors arrête de te plaindre et attends ton tour.

- Ferme ta gueule Victoria, c'est déjà assez pénible comme vie sans que je me coltine une fenêtre de merde qui se la joue. Dernier cri hein ? Ironique que la seule chose que tu n'es pas foutu de faire, c'est de la fermer !

Prenant un air choqué, Victoria se renfrogna avant de répliquer. Ce que les humains prirent alors pour la plainte du vent était en fait le hurlement guttural qui sortit de la bouche de la fenêtre blindée.

- ALORS TOI SALOPERIE DE BRIQUE TU TE LA METS OÙ JE PENSE TA MORA…

- WOWOWO, ON SE CALME ! Victoria et Bolinopurti, vous restez ici…

- Je ne comptais pas vous accompagnait !

- Oh… ok, pas de problèmes…

- Et Roger, on t'emmène vu que tu connais du monde ici, mais t'as pas intérêt à nous faire un cirque comme avec l'autre conna… fenêtre.

Souriant lentement, la brique acquiesça :

- Oui chef !

- Bien, maintenant Sakroamdrka, emporte Roger et Pfihropnimome, suis-moi.

Puis se tournant rapidement vers la serrure de porte, Zeolinumda afficha un air pêné avant de commencer d'une voix douce :

- Bolinopurti, est-ce que tu…

Ne lui laissant pas le temps de terminer sa phrase, la serrure pivotant sur elle-même, sans déclencher le moindre bruit, puis elle lui répondit :

- C'est bon ? Maintenant filez, en espérant que vous vous fassiez pas prendre,… et… hésitez pas à… venir me prendre justement… un de ces jours.

Lui adressant un sourire compatissant et un léger hochement de tête, Zeolinumda fit un signe à ses compagnons avant de se diriger vers le complexe vide.

C'était sans compter le professeur. Horwood qui, lorsqu'il les aperçu, ne put s'empêcher de paniquer et de se précipiter en deux foulées énergiques vers l'alarme, qui diffusa un son strident au même moment.

Je m'appelle Zeolinumda, et je suis un peu dans la merde.


Couloir reliant l'aile E aux cellules, Site Beth

13 mai 2018.

22h20.

- J'au eu des infos de l'un des scientifiques sur place ! Et l'un d'eux est… armé d'une brique !

- Une brique ? Il croit sûrement que ça va le protéger, c'est un bon point pour nous ça.

Lui jetant un regard de côté en même temps qu'il se jetait en quelques foulées énergiques vers la source de l'alarme, le commandant Vikovitch osa demanda d'un ton paniqué :

- En quoi c'est une bonne nouvelle que l'un d'eux soit armé ?

- Mais enfin réfléchissez deux secondes : si pour eux, une simple brique représente une arme, alors on a affaire à des instances primitives et inoffensives sans un objet lourd ! On a un équipement plus élaboré et c'est pas une simple brique qui va nous effrayer. Mais restez quand même sur vos gardes, on ne sait pas comment ils ont put faire une brèche dans une cellule blindée, la porte s'est pas ouverte toute seule que je sache !

Un peu plus rassuré par ces explications rationnelles, le commandant continua dans sa lancée avant de percuter à l'angle d'un couloir l'une des "instances primitives" : Zeolinumda.


Aile E, quartier des cellules, Site Beth

13 mai 2018.

22h22.

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