Dr l Ludwig

Sous couverture

- Donc si j'ai bien compris, je dois livrer ces médicaments à cette adresse ?
- Exact, ce n'est pas compliqué ?
- Non mais pourquoi moi ?
- Marie et Emilie sont en congés et les autres doivent forcément tenir la pharmacie. Donc il ne reste plus que toi.

Je souffle bruyamment tout en chargeant péniblement les colis dans la camionnette. Le blanc éclatant de l'utilitaire me fait déjà mal au crâne, mais bon, ce n'est pas la peine de se plaindre, pour une fois qu'on me confie une tâche intéressante. Enfin tout est relatif quand je dis intéressante. Je mets le contact et je me mets en route, d'après le GPS, je devrais être arrivé à… euh apparemment la route n’existe pas. Encore le patron qui ne veut pas dépenser de l'argent pour des mises à jour.

Quelle merde encore des bouchons, à croire qu'il y en a un toutes les heures. Au pire je prends l'aire de repos en attendant que ça se calme. Je sors de la camionnette et je me sers un café pour m'aider à rester éveillé, c'est vrai qu'avec les multiples embouteillages c'est dur de ne pas s'endormir.

Plus j'y pense plus c'est bizarre qu'on demande à une pharmacie de livrer dans une entreprise. En plus ce con de David ne m'a même pas donné le nom de la société, et comment je suis censé faire maintenant ? Ce n'est pas grave, je l'appelle.

- Allô ?
- Ouais David, c'est Jim
- Qu'est-ce que tu as ?
- Bah, il y a que tu m'as pas dit le nom de l'entreprise où je dois livrer.
- Ah, ne t'inquiète pas pour ça tu ne pourras pas la rater.
- D'accord mais-
Bip Bip Bip

Ce connard m'a raccroché au nez. Bon au moins le trafic s'est fluidifié, je peux reprendre la route.

Il est 14h20, Putain ça fait déjà 2 heures que je roule. Heureusement j'ai juste à prendre la sortie et à trouver ce que je ne peux pas rater. Je m'enfonce de plus en plus dans la campagne, je comprends que le GPS ne connait pas ces routes. Je n'arrête pas de trembler, c'est sûrement dû à la fatigue mais je ne sais pas pourquoi, au fond de moi j'ai peur. Peur de quoi, j'en sais rien, peut-être peur de ne pas trouver l'endroit et de me faire virer en rentrant. Après dix minutes de zigzags entre les champs vides, des personnes en noir armés jusqu'aux dents m'arrêtent.

-Je veux vos papiers d'identité.
-Bien sûr, tenez.

Le type a l'air de vraiment tout vérifier sur ma carte. Bon au moins il fait bien son boulot.

-Euh monsieur Jim Boris, veuillez nous suivre. On s'occupe de la camionnette.
-Oui tout de suite !

Je suis en sueur, je ne sais pas où je vais. En plus ils sont vraiment pas rassurants, pas un mot ne sort de leur bouche.

J'arrive dans une sorte de grande ville avec des mecs armés partout et des scientifiques. Je crois rêver, c'est surréaliste! On arrive dans un petit bâtiment au milieu de trois grands autres.

-Bon mets-toi assis là, quelqu'un va venir.

Je m’exécute sans broncher, la peur guide chacun de mes mouvements tremblants. La mélancolie de la pièce grise monochrome dépourvue de meubles si ce n'est que d'une table et d'une chaise, se mêle à l'angoisse déjà présente. Mais merde qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai tout suivi à la lettre. Je pense à ma copine qui doit se demander où je suis, car évidemment je n'ai pas pensé à la prévenir du déplacement. Elle doit s'inquiéter. Soudain la porte s'ouvre et balaie mes pensées. Un homme habillé comme les autres soldats entre, une chose change cependant, il possède un béret orange orné d'un logo inconnu.

-Monsieur Jim Boris ?
-Oui, c'est moi même.
-Je suis l'agent Claës, officier de liaison entre les différentes sociétés écrans de la Fondation. Si vous êtes là c'est pour m'assurer que vous faites bien partie d'une de nos sociétés. C'est par simple mesure de précaution, d'autant plus qu'on vous demande rarement de vous déplacer dans l'un de nos sites.
-Alors, pardon mais je n'ai rien compris à vos histoires de fondations et de sociétés écrans.
-Comment ça ?
-Mais je ne sais pas, je suis juste venu ici pour livrer des médicaments. Je suis au courant de rien.
-Attendez, vous vous appelez bien Jim Tristan Boris ?
-Oui.
-Vous êtes bien né le 16 septembre 1983 à Limoges ?
-Exactement.
-Et vous travaillez bien à la pharmacie Saint Lazare ?
-Tout est bon.

A ce moment là, je vois que contrairement à moi, Claës comprends ce qu'il se passe.

-Je crois comprendre, personne ne vous a parlé de votre réel travail. Bon levez-vous, on va vous diriger vers un appartement où vous résiderez durant quelques jours le temps que l'on déterminent si on vous laisse partir ou non.

J'ouvre grand les yeux.

-Parce que vous n'allez pas me laisser partir ?
-Evidemment que si, mais différemment.

J'arrive dans une chambre à peine plus grande qu'un cabanon de jardin. Je me jette sur mon lit et je repense à cette journée interminable. Plongé dans mes songes, je sursaute quand le téléphone sur le meuble près du lit sonne. Je me précipite dessus et je décroche. Ma copine est au bout du fil, en larmes, elle me dit que des gens sont venus chez elle pour lui expliquer que j'étais là. Après une longue discussion remplie de questions sans réponses, une restait plus importante que les autres : Où suis-je exactement ?
Je raccroche doucement avec un sentiment d’amertume profonde. J'essaie de réfléchir au dénouement de ma situation mais la fatigue l'emporte.


Au loin, une voix résonne. Une voix qui se fait de plus en plus fort. J'ouvre lentement les yeux, c'est à ce moment-là que je vois les deux hommes qui m'ont conduit hier dans ma chambre. Ils ont l'air de me crier dessus. Ah, ils me crient vraiment dessus.

-C'est bon, tu es parmi nous ?
-Euh, oui je suis là.
-Parfait, on t'a apporté une chemise, un jean et une blouse blanche. On t'attend derrière la porte, fais vite.

Sans réfléchir, j'enfile mes vêtements hâtivement et j'ouvre la porte. L'un des gardes me dévisage et on se met en route. Sur le chemin, on passe dans un grand bâtiment, c'est sûrement le principal. A l'intérieur, un nombre incalculable de scientifiques courent, marchent, discutent entre eux. Les longs couloirs blancs se ressemblent, et dans chacun d'eux se trouve le logo noir que porte les scientifiques sur leurs blouses et les gardes sur leurs tenues. On arrive dans ce qui s'apparente à des bureaux, le soldat toque et me fait entrer.

Devant moi, se trouve Claës qui a l'air plus joyeux que la dernière fois. Je m'installe calmement tandis que les deux gardes ferment la porte.

-Bonjour monsieur Boris, je vais vous expliquer brièvement ce qu'il va se passer.

Je déglutis bruyamment.

-D'accord.
-Bon, récemment, on a eu ce qu'on appelle une brèche de confinement majeure ce qui a entraîné la perte de membres du personnel. Une campagne de recrutement a été lancée pour remplacer les pertes subies, c'est pourquoi vous êtes là. Après étude de vos diplômes, vous avez les compétences requises pour intégrer le site. Le besoin urgent de personnel nous a fait prendre une décision, celle de vous prendre. Si vous acceptez, veuillez signer cette feuille.
-Mais en quoi va consister mon travail ?
-Vous posséder un bac+7 en pharmacologie, donc je suppose que vous travaillerez dans le département médical. C'est également dans ce département que les pertes et les blessés ont été les plus nombreux.

Je commence à lire la feuille posée sur la table, de nombreux avantages sont présents comme le logement de fonction, un salaire plus que confortable,… Je pèse le pour et le contre mais l'envie d'aventure s'empare de moi, je signe la feuille.

-Parfait monsieur Boris, ou devrais-je dire docteur Boris. Maintenant vous devez vous diriger vers la salle 215 où se déroulera l'introduction au Site-Aleph, là vous saurez tout.


La porte de la salle 215 se dresse devant moi, j'hésite quelques secondes avant d'entrer. Je pousse la lourde porte et je découvre un grand amphithéâtre avec déjà des gens en blouse blanches et en treillis militaires noirs qui semblent tous aussi paumés que moi. Soudain un homme rentre, de taille moyenne, cheveux noirs en désordre et porte un collier semblable à un engrenage accroché à son cou par une cordelette. Il se met au milieu du tableau numérique et fixe les personnes qui osent troubler le silence.

Il se présente comme LE docteur.

Le médecin Haures nous explique les points importants de la Fondation avant de rentrer dans les détails. Après ce qui s'apparente à un lavage de cerveau, Haures nous fait visiter l'ensemble du site.


Les jours passent et je me familiarise de plus en plus avec le site et paradoxalement l'anormal devient de plus en plus normal pour moi. Après une semaine d’apprentissage de la vie à Aleph, je me dirige vers la salle de conférence pour mon orientation dans le département médical. J'ai vraiment l'impression de me retrouver au lycée avec la conseillère d'orientation, mais je me dis qu’après cela, je pourrai enfin exercer mon travail. Je suis gonflé à bloc, motivé comme jamais.

Soudain, une alarme retentit. Je me souviens que c'est l'alarme de la brèche de confinement. Le monde s'agite tout comme les ex-bestioles confinées. Je cours en direction de l'abri. Merde il est où ce putain d'abri, je ne le trouve pas. Tandis que je cherche le seul endroit où survivre devient possible, des bruits sourds s'approchent de moi. je cours, Je cours, je cours, je me prends un débris du toit, je tombe. Une douleur atroce parcourt tout mon corps. Je m'évanouis.


-Alpha 2-5 il y a un médecin à terre et à peine conscient, il est coupé en deux au niveau du bassin.

J'ai mal.

-Je pense qu'il est irrécupérable, il doit souffrir plus qu'autre chose.

Merde un agent, bouge-toi, sauve-moi !

-Compris Alpha 2-5.

Putain tu fous quoi, retire ton flingue de ma tempe connard !

-Je suis désolé.

Désolé de quoi, tu ne vas…

-Alpha 2-5, c'est terminé.

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