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Équipe 9 : D-1202, Gaboniv, Gilbert, Hinault et Judas.

Judas

? ?

Jour de la chute d’Aleph.

- OH MON DIEU, QUI A SACCAGÉ MA BIBLIOTHÈQUE ?!

L’archiviste Judas était heureux.

Heureux car on l’avait convié à rentrer plus tôt que prévu à son travail afin de faire une petite activité ménagère dans ses archives.

Heureux car le soleil tapait contre les hautes fenêtres, illuminant les quelques étagères nouvellement achetées, recueillant des livres vitaux pour la Fondation, sans une once de poussière les recouvrant.

- Oh non, encore du plâtre partout ! C'est la sixième fois depuis que je suis arrivé ! Je suis maudit, c'est ça ?

Tandis qu'il se lamentait toujours, un brusque bruit de pierres tombant et de poussière se levant le fit se retourner brusquement.

Plus heureux car lui aussi avait été convié à la petite fête. Après tout, à quoi servait les vacances ?

- S’cusez moi M’sieur, la porte était fermée et…

- Aaaah, il y a pas de mal… non s'il vous plaît, ne mettez pas encore plus de plâtre par terre, mieux vaut limiter les dégâts.

Levant lentement sa vieille carcasse, le concierge Dupré se rapprocha de l'archiviste avant de se retourner pour constater l'état magnifique des archives.

Il émit un sifflement facilement audible.

-Eh beh, il y est pas allé avec le dos de la fourchette le bestiau.

- Cuillère.

- Hein ?

- On dit le dos de la cuillère.

- … Sans vous offenser m'sieur, j'ai pas de doctorat ou quoi que ce soit, mais j'ai assez bien suivi mes cours d'SVT étant minot pour savoir qu'une cuillère, ben ça a pas de dos.

- Mais une fourch… oh et puis laissez tomber, j'en ai vraiment marre.

S'asseyant brutalement sur un gravas de la taille d'un… gros gravas, l'archiviste Judas se remémora le pourquoi du comment il en était arrivé là, assis au milieu de son lieu de travail complètement détruit, des centaines de dossiers manquant à l'appel.

Deux ans… deux ans et pas une seule semaine complète de repos. Bon c'est pas le job le plus stressant mais je m'attendais en venant ici à un minimum syndical. Le pire dans tout ça, c'est que mes supérieurs se sont dit que ce serait bien mieux d’appeler le bon vieux archiviste plutôt que son assistant, mais oui c'est tellement plus pratique de me bousiller mes congés au Maroc pour compter des SALOP… non calme-toi… respire, ce n'est pas la mer à boire, juste un trou de la taille d'un autocar au milieu de tes archives, rien de grave.

Oh non, il a aussi détruit mon lit de camp, je crois que je vais pleurer.

Dupré qui ne s'inquiétait aucunement de l'état mental de son interlocuteur, continuait toujours à parler :

- … Six, sept, huit.

- Vous comptez quoi ?

- Hm ? Ah je compte le nombre d'étagères qui sont tombées, juste derrière vous.

Judas se retourna vivement, avant d'échapper un râle d'agonie.

- Oh misère, la section de SC… Hm, rien d'important.

Ah, j'ai failli commettre une bourde moi, j'ai complètement zappé que c'était un civil.

- Bah au moins, c'est bien plus propre maintenant !

- … Plaît-il ? Vous plaisantez j'espère, il y a du plâtre PARTOUT et la moitié des étagères a été détruite !

- Ouais enfin par rapport à ce matin, c'est bien mieux. Z'auriez vu le sang et les cadavres partout, c'était magnifi… euh nan c'est pas trop le mot mais je commence à avoir l'habitude avec le temps.

Le teint de l’archiviste devint légèrement blême avant qu’il ne se reprenne, remettant son fez en place d’une main tremblante.

- Hmm oui, euh, si vous voulez bien m'excuser, je vais me reposer dans un coin… propre de préférence.

- Haha, bonne chance m'sieur le bibliothécaire, il y a des poussières jusque sur les bouquins, c'est pas moi qui m'occupe de cette partie du site d'ailleurs, z'êtes un espèce de concierge aussi ?

Soupirant encore, l'archiviste se ressaisit avec une voix las :

- Non non, c'est Léon qui s'occupe de ça d'habitude, mais apparemment c'est TEEEEELEMENT plus simple de m’appeler MOI plutôt que lui… excusez-moi, je suis un peu sur les nerfs en ce moment.

- Pas grave, j’ai l’habitude… et pourquoi sur les nerfs ? C’est plutôt calme en ce moment, non ? Le soleil chante et les oiseaux brillent, non ? Sérieusement, ça fait un petit moment que j'ai pas vécu une période aussi calme, même les cadavres ont un joli sourire ! Même le poisson que j'ai croisé ce matin !

- Hmmm ça me rappelle un livre que j'ai lu il y a un moment déjà… le guide de Murphy ou une revue de ce style.

- Aucune idée, j’ai été embauché ici sans avoir lu le guide.

- Aaah, c'est sans importance, qui se soucie des guides de nos jours ?… bon, il ne faudrait pas appeler un maçon ou autre ? Je ne pense pas que vous êtes qualifié pour remplir seul un trou de cette envergure.

- C'est ce qu'elle m'a dit hier.

- … Je vous demande pardon ?

- Non rien. Et concernant le maçon, je vais l’appeler après avoir passé un petit coup de balai dont a bien besoin ces archives.

L’archiviste lui adressa un petit sourire compatissant tout en observant autour de lui, toussotant légèrement.

- Je vous en remercie. Et hm… quels sont les critères pour être… concierge à la Fondation ? Je veux dire, avez-vous certains renseignements sur la ch…

- Si vous voulez parler de ce qui a détruit votre lieu de travail m'sieur, je le sais mais vous non. Et concernant mon embauche, disons que je sais bien manier les balais, rien d'autre. Pas de doctorat ou de formation pour me prémunir des Ket… des méchants monstres.

Dupré renifla tout en se tenant sur son fidèle balai, le tout en balayant les archives des yeux.

- M'enfin, c'est pas si important que ça, le principal, c'est que c'te chose soit reconfinée. Je le redis, c'est calme en ce moment.

L'archiviste Judas marqua un temps de pose avant de lui demander d'une voix rauque :

- Quel est votre niveau d'accréditation Dupré ?

- Rien de bien important, je suis juste un concierge.

Lui souriant légèrement, Dupré en profita pour sortir rapidement de sa caisse à outils un téléphone portable et pianota pendant quelques temps dessus.

Après plusieurs minutes de silence gênant, l’archiviste se décida finalement à ouvrir la bouche.

- … euh… qui était-ce ?

- Bob. Il va ramener ses fesses et ses briques ici, histoire de recoller les morceaux. Ceux du mur.

- Hmm, il doit arriver dans combien de temps ce "Bob" ?

- Ça dépend de sa femme.

- … pardon ?

- Elle aime pas trop qu'il rebouche des trous si vous voyez ce que je veux dire !

- … charmant. Bon si ça ne vous ennuie pas, je vais.. hmm… vérifier que tout est en ordre de ce côté-ci des archives.

- Ok m'sieur, je vais nettoyer un peu l'entrée en attendant.

Judas soupira en constatant que l'étagère en question était dans le même état que les autres : renversée et recouverte de plâtre. Il s'éloigna lentement vers les autres situées vers le fond avant qu'il ne perçoive la voix du concierge à l'entrée.

- …CANTINE !

- HEIN ?

Se rapprochant rapidement, croyant à une plaisanterie, Judas put finalement entendre tout ce que lui dit le concierge.

- J’ai dit que c’est l’heure de la pause, mais qu’ils ont changé la sonnerie de la cantine ! Celle-ci est un peu plus stressante.

En effet, une alarme retentissait depuis maintenant plusieurs secondes. Une alarme que l'archiviste connaissait, vaguement, mais qu’il connaissait tout de même.

- C’EST PAS LA SONNERIE DE LA CANTINE DUPRÉ !

Comme pour confirmer ses dires, un autre trou se créa à côté de l’autre, éparpillant du plâtre telle une légère poudreuse sur le sol. Comme de la neige. Et cette neige était mouchetée de rouge.

- IL A TUÉ BOB ! ESPÈCE D'ENFOIRÉ !

- Oh mon Dieu, moi qui pensais que ça pouvait pas être pire…

- HUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUMMMMMMMMMMAIIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNN !!!

Le lion vert se dirigea rapidement vers ses deux proies, la lumière rouge émanant du couloir jouant subtilement sur ses yeux rubis, augmentant de deux points sur l’échelle du fond de pantalon mouillé son charisme.

D-1202

? ?

Jour de la chute d’Aleph.

“Donc là je lui dis que non, les pommes ne sont pas des coléoptères.”

- Blblblblblblbllbl.

“Hein ? J’ai déjà sorti cette anecdote ? Bon bon.”

Poussant lentement le chariot dans le couloir 113-B du Site Aleph, D-1202 était mécontent.

Mécontent car l’ambiance était des plus appréciables : aucune brèche vraiment importante, aucune réduction budgétaire, aucune insulte à peine formulée sur sa condition… particulière.

“Aaaaaaaaaah, une bonne journée qui commence, tu trouves pas ?”

- Bblblblb.

“Oui enfin toi tu te fais tout le temps chier quand tu emmerdes pas les cuisiniers, pense aux autres ! Ce que tu peux être égoïste !”

- …

“Oh non, me fais pas cet air de saumon battu, tu sais très bien que ça ne marche pas sur moi !”

- …

“J’ai dit que ça ne marchait pas !”

- … b.

“QUOI B ? TU TE FOUS DE MOI ? C’est maintenant que tu me le dis ? Oh merde, c’était pas dans le protocole ça ! Et depuis combien de temps elle est enceinte cette Sandrine ? “

S’agenouillant rapidement vers son compagnon saumonesque, le Classe-D marque un temps d’arrêt avant de tapoter vivement le bocal, ce qui entraîna une certaine incompréhension du côté des gardes qui passaient par là.

- Eh vous, vous faites quoi à ce poisson ?

Se retournant vivement, le Classe-D se dirige à grands pas vers eux, ne prononçant aucun mot, ce qui a pour effet immédiat de faire lever les attributs des deux gardes… Leurs armes.

- Wowowo, on ne bouge plus ! Un pas de plus et je te plombe l’orange ! Décline ton identité !

Dans un soupir inaudible, le Classe-D sortit de sa poche intérieure un document officiel portant le logo si familier : trois flèches blanches transperçant un cercle tout aussi blanc et se rejoignant en un point. Le service pub est imaginatif pensa le Classe-D, alors que le garde de gauche lui rend le document en hochant la tête.

Le garde de droite lui adresse quant à lui un sourire radieux tout en tentant maladroitement de communiquer avec lui.

“A poêle, mange tes morts, journée bonne !”

“Hein ?”

Légèrement surpris, le Classe-D lui adressa un signe confus tout en s'éloignant rapidement, en proie à une grande confusion, récupérant son fardeau entre temps.

- Blblblblbblblblblblbllbblbl.

“Ouais je sais. M’enfin mieux vaut apprendre à parler correctement la langue des signes avant de s’essayer à des formalités. Tain il me sourit en me disant de bouffer mon chien le con .”

- bluhuhu.

Tout en continuant d’arpenter les dédales du Site Aleph, suivant encore et encore le même trajet, jour après jour, il se mit à penser à sa condition, ne parlant cette fois que dans sa tête, sans adresser le moindre tintement au bocal d’Hinault, il voulait penser seul pour une fois.

Et voilà… ça fait trois ans que je m’occupe du saumon… et deux ans que j’ai eu ce petit incident. Haha, ça me rajeunit pas tout ça.

Dire que j’étais docteur avant tout ça. Dire que j’avais un job, un jean et un tee-shirt.

Oh ce que je ferais pour reporter des jeans. Ce que je ferais pas pour revenir en arrière…

Haha la bonne blague. Trois ans… trois ans que je fais le même job, trois ans que je ne fais que suivre le même trajet stupide pour un stupid… non. Non c’est moi qui l’ai voulu. Je devais le faire pour elle. Je devais le faire pour lui. Je devais… me faire rétrograder.

Trois ans et je ressasse les mêmes pensées. Trois ans que je me dis que j’ai fait le mauvais choix. Mais j’ai qu’à le regarder, ce putain de poisson, pour me rendre compte que non, j’ai bien fait de jouer au con. C’était la manière la plus simple d’être à son “service” : jouer au con.

Haha regardez-moi, je suis l’océanologue du site qui a voulu apprendre l’alphabet à un poisson, HAHA JE SUIS STUPIDE, C’EST DRÔLE UN POISSON QUI FAIT DES BULLES HEIN, C’EST DRÔLE NON ? VOUS ÊTES TRÈS MATURE TOUS HEIN ?!

… putain je suis pas drôle. Je suis pas destiné à être drôle. Faire rire alors que ce n’est même pas son but de base, quelle prouesse. J’ai été engagé par la Fonda et mes supérieurs croient vraiment qu’un doctorat est assez con pour essayer d’apprendre l’alphabet à un poisson. Ils sont tous con. Tous. Sans exception.

Car aucun ne s’est dit que le saumon ne devait pas faire rire. Et que son “porteur” avait plus de QI que les trois quarts de la population mondiale.

Mais je leur en veux pas. Ils savaient pas. Ils ne savaient rien de moi. Ils ne savaient rien de lui.

Alors je continue à marcher, j’arbore un air stupide.

Je suis le docteur Salmon, celui qui a voulu apprendre l’alphabet à un saumon… et d’ailleurs pourquoi il s’agite lui ?

Oh…

Haha, je savais que ça allait arriver un de ces jours. Bon, j’ai jamais été très muscu mais il est temps de pousser… oww magnifique lumière rouge, très design.

Judas

? ?

Jour de la chute d’Aleph.

- NONNONNONNONNONNON !

Est-ce que j'ai bien fait ? Non, non c'était la bonne décision… je pouvais pas faire autrement hein ?

À gauche ? Non.

À droite ? Oh merde oui il est là… oh et il est recouvert de sang, fantastique.

Seigneur, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?… oh et ma jambe qui me fait un mal de chien, c'est pas le moment de m'arrêter pour souffler, Dupré est pas mort pour rien.

… Mais, est-ce que c'est vraiment ma faute ? C'est lui qui a dit qu'il allait le retenir, pas moi !… Faut dire que je l'ai aussi un peu poussé… dans les deux sens du terme.

J'ai pas à me sentir coupable… j'ai pas le droit de ressentir la douleur.

Ah merde, j'aurais pas dû me retourner, il est plus proche maintenant. Et il joue avec moi le salaud, il prend son temps pour m'attraper en me croyant bloqué… mais il y a bien deux portes dans ces archives… non ?

Oui. Oui je suis pas fou, je la vois au fond.

Ah, lui aussi apparemment. Mais il continue de marcher.

Pourquoi ?

Pourquoi il vient pas me finir, ça serait tellement plus simple.

Oh, il est blessé.

Blessé par qui ? Dupré ? Non… non c'est qu'un concierge, pas un agent. Mais lui s'est montré plus courageux que moi… Bordel j'étais pas obligé de lui jeter le concierge, ça a servi à rien… j'étais stressé, j'étais… j'avais envie de survivre ok ? N'importe qui aurait réagi pareil, non ? Je suis normal moi, pas un héros ou un truc de ce style, ça s'est bon pour ceux qui veulent gagner du charisme.

Et guess what ? J'en ai rien à faire, c'est la fin alors je peux me permettre tout les coups de crasse possible et imaginables pour survivre, pas le temps d'être "gentil".

Faut dire que je l'ai jamais été. Courageux. J'ai pas été formé pour ça. Moi je lis ou j'écris des histoires où des héros viennent sauver des gens, je suis pas le protagoniste.

Mais faut croire que c'est comme ça que ça fonctionne maintenant : la survie du plus fort, pas celui du plus héroïque.

Je viens de comprendre un peu dans quel monde je survis à présent : c'est pas le gentil qui survit à la fin, c'est celui qui le veut vraiment… coûte que coûte.

La porte est toute proche désormais, et il me restera encore une bonne centaine de mètres dans les couloirs avant d'atteindre le bunker. En espérant que la… chose qui me poursuit ait moins envie de survivre que moi.

Il n'y a qu'une seule manière de le savoir.

D-1202

? ?

Jour de la chute d’Aleph.

Et merde, heureusement que j’entends rien sinon je suis sûr que je paniquerais encore plus.

Poussant de toutes les forces dont il disposait le chariot sur lequel reposait le Dr Hinault, le Dr Salmon ne put s'empêcher de prendre un air coupable lorsqu’il vit le garde qui lui avait dit de manger sa famille se faire à son tour manger par un lion vert en mauvais état. Il faut croire que ce n’est pas seulement les membres du personnel qui paniquaient aujourd’hui.

- BLBLBLBLBLBLBLBLBBLBLBL !

Et merde lui il entend.

"Reste calme mon petit Artemis, tout ira pour le mieux, je suis là, chhhhht.”

Ne se calmant aucunement, le saumon adressa des coups de queue meurtriers à son bocal tout en cognant violemment ce qui lui servait de crâne sur ce qui lui servait de cellule de confinement.

“Chhht, ce n’est rien, là là.”

Cessant de tapoter le bocal vu que ça ne servait à rien, le Classe-D esquiva un cadavre avant de s’engager dans un autre couloir… puis un autre vu que ledit couloir était quasi inondé… et la porte allait bientôt céder.

Chier, et ce putain de lion s’est délaissé de son cadavre pour poursuivre ce pauvre type, que Dieu le garde, il a pas mérité ça… attendez… c’est pas un archiviste lui ?

Judas

? ?

Jour de la chute d’Aleph.

Courir, je ne fais que ça en ce moment j'ai l'impression.

Courir pour aller en vacances, courir pour revenir nettoyer ma bibliothèque, courir pour fuir de la bibliothèque, et courir pour atteindre le bunker.

Ah oui, et courir pour échapper au torrent d’eau qui va sûrement me tomber sur le coin du visage avec le lion vert bizarre.

Tiens, voilà le saumon et son porteur. Je l'apprécie lui, apparemment il a survécu à ma blague de la dernière fois, elle devait pas être si mauvaise.

Oh non, pas encore, ma jambe me relance.

Haha, certains diront que c’est le karma, d’autres que c’est juste le hasard, et d’autre que c’est une quelconque force divine… et d’autres diraient qu’il n’y a rien, que ce ne sont que des signaux envoyés à notre corps sans aucune véracité… je me demande si c'est pareil du côté de la main du serpent.

Oh, je me rapproche apparemment, il y a plus de morts et de vivants ici que dans tout le site, alors soit ils veulent faire une prière avant de se faire tuer, soit c’est là que se situe le bunker.

… bon, mieux vaut que j’arrête de réfléchir, c’est pas comme ça que je vais me sortir d’affaire… oh non, la porte vient de lâcher.

D-1202

? ?

Jour de la chute d’Aleph.

“Chhhhht, ça va, ce n’est que de l’eau, rien de grave, je peux encore te pousser… je te pousserai toujours “Hinault”.”

L’eau lui montait désormais aux genoux quand il termina sa phrase.

La quasi-totalité des membres du personnel ayant réussi à entrer dans le bunker, il se dirigea rapidement vers elle, poussant toujours le chariot avec de plus en plus de difficultés.

Et l’eau montait.

Il s’essuie le visage de sa main livre, tout en ne sachant pas très bien ce qu’il retire avec sa main moite :

De la sueur ?

Des larmes ?

De l’eau ?

Ou peut-être du sang ?

Quand il arrive enfin à moins d’un mètre de la porte, il se tient au bocal, celui-ci ayant quitté son chariot pour venir doucement flotter, son porteur s’accrochant toujours à lui, encore. Et ce que contenait le bocal ne cessait de s’agiter… encore.

“OUVREZ ! JE VOUS EN PRIE, ON NE DOIT PAS MOURIR !”

Frappant encore et encore les poings sur la porte du bunker, il laissa monter l’eau à ses épaules, puis à son cou, continuant de frapper alors qu’il entendait sans cesse les mêmes mots :

- SI VOUS ÊTES HUMAIN, IDENTIFIEZ-VOUS !

Le Classe-D muet continua de frapper.

Il frappa encore.

Encore.

Et l’eau montait.

Il ne perdit pas espoir, continuant à frapper, frapper, frapper. Il était humain après tout, non ?

Et l’eau montait.

Au moment où il s’apprêtait à frapper, une main s’accrocha à son col.

- OUVREZ ! JE SUIS L'ARCHIVISTE JUDAS, ACCRÉDITATION 3 ! ET CELUI QUI M'ACCOMPAGNE EST AUSSI HUMAIN QUE VOUS ET MOI !

Cette fois, la porte s’ouvre pour de bon, laissant l’eau pénétrer le bunker, puis cette eau disparut dans les multiples conduits ayant été aménagé aux quatre coins, vidant peu à peu le couloir et laissant le Classe-D se remettre.

- Grouillez-vous ! Les keters vont bientôt se ramener !

Poussant toujours son chariot, D-1202 sourit, les larmes aux yeux, laissant l’archiviste passer devant avant de s’engager à son tour.

Puis une main s’accrocha à son col, encore.

- C’est quoi que vous transportez là ?

Judas

? ?

Jour de la chute d’Aleph.

- PUTAIN MAIS LÂCHEZ CE BOCAL ! VOUS ALLEZ NOUS FAIRE TUER !

Le garde empoigna le col du Classe-D tout en le secouant vivement, comme si celui-ci était stupide, comme s’il avait appris l’alphabet à un poisson.

“NON !”

- Oh, je crois que c'est la langue des signes, j'ai eu une formation là-dessus un jour.

- Et vous le comprenez l'archiviste ? Si ce qu’il porte est juste un saumon, cette chose doit rester dehors, il en vaut pas le coup.

“Non ! C’est mon ami ! Laissez-le venir, je vous en prie ! C’est juste un saumon !”

- Non, je suis désolé. J'ai juste appris les mots de base et il est trop rapide pour que je puisse comprendre quoi que ce soit. Et concernant le poisson, je ne pense pas qu'il nous soit utile, enfin utile à notre survie j'entends.

D-1202

Camp des survivants ?
L’archiviste Judas.

Jour de la chute d’Aleph.

“NON ! NON ! LÂCHEZ-MOI ! VOUS NE SAVEZ PAS CE QUE VOUS FAITES !”

- Bordel mais, WOH GRYM ! FILE UN COUP DE MAIN, ET RAMÈNE LE GARS EN COSTARD QUI EST VENU AVANT NOUS, FAUT FAIRE RENTRER CE CLASSE-D !

Tentant toujours de se débattre pour reprendre le bocal, D-1202 agita ses poings en tout sens, tentant désespérément d’atteindre son ami, le tout en ne cessant de pleurer.

“NON, NON ! J’AI PAS FAIT TOUT ÇA POUR RIEN ! PITIÉ !”

Le garde se décida alors à l'assommer, le sauvant de force, tout en laissant le poisson derrière.

- Désolé mon gars, mais c’est juste un saumon, je veux pas perdre la vie pour ça.

Et sur ces mots, l’agent Neremsa ferma la porte du bunker du Site Aleph.

Hinault

Camp des survivants. Camp des condamnés.
Archiviste Judas. Dr Hinault
D-1202.

Jour de la chute d’Aleph.

- Blblblbl ?

L’eau recommença à monter.

- BLBLBLBLBLBLBL !

Il était trop tard. Les keters commençaient déjà à approcher, profitant de leur liberté durement acquise.

Et ils étaient proches.

Trop proches.

Au détour d’un couloir s’approchait déjà deux entités : le lion vert qui avait tué Dupré, et une femme.

Une femme de deux mètres de haut à la mâchoire en dents de scie.

Tremblant de tout son être, le Dr Hinault leur adressa un pâle sourire avant d’émettre quelques bulles, espérant les divertir.

Il était drôle après tout, non ?

Cela n’eut cependant pas l’effet qu’il attendait, les entités se rapprochant encore plus rapidement de la porte du bunker, lui souriant à leur tour, la “femme” l’interpellant alors.

- Alors les humains t’ont laissé dehors ? Haha, pas de bol.

Alors qu’ils se rapprochaient encore, le Dr Hinault asséna un violent coup de tête à la paroi supérieure de son bocal, parvenant ainsi à s’extirper de sa prison, plongeant dans l’eau qui commençait à se stabiliser à soixante centimètres du sol.

Alors qu’il donna un grand coup de queue dans l’espoir de s’échapper, la femme le récupéra avec ses deux mains, lui souriant toujours.

- Alors toi aussi tu t’es libéré de ta cellule de confinement ? Allez, suis-nous, mieux vaut pas s’attarder, les tarés vont arriver d’ici peu.

Le lion vert confirma ses dires d’une voix hachée.

- Bienvenue dans le camp de ceux qu'on a oublié en route le poisson, bienvenue chez les chasseurs.

Alors que Hinault se tortillait dans la main de la femme, il jeta un coup d’œil à la porte blindée, en imaginant ceux qui étaient derrière… celui qui était derrière.

S'agitant aussi, la femme dit d'une voix où était perceptible une certaine crainte :

-On devrait se grouiller, les tarés vont arriver, je pense pas qu'on puisse les rallier à notre cause eux, surtout le lézard géant. Dommage, ça aurait fait un allié de plus contre eux.

Le lion se tourna alors vers elle, un sourire carnassier étirant la commissure de ses lèvres.

- T'as pas à t'en faire, c'est juste des humains.

Camp des proies. Camp des chasseurs.
Équipe 1 Les SCPs
Équipe 2 Les Singularités
Équipe 3 Les monstres
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