Alors l'Homme ne le sera jamais

Les deux ombres se suivaient dans les bois. Monstrueuses, humaines. Agissant presque automatiquement. Les ordres étaient les ordres. La peur, l'avis personnel, l'opinion, la volonté, tout ça n'avait pas sa place dans le travail ; de toutes façons, ils n'étaient pas responsables, puisque les ordres venaient de plus haut. Ils n'étaient qu'un bras, obéissant à un cerveau plus puissant qu'eux… Au final, n'étaient-il pas des victimes ?

"Mais vous êtes libres"

Le labo avait besoin de sujets. Et les deux ombres allaient lui en fournir… S'approchant d'une maison située trop loin de la ville, trop loin de tout, les deux ombres se faisaient des signes. Ils s'approchèrent de la porte…

Quelques secondes après que le bruit de carillon ait retentit, un jeune couple vint ouvrir la porte. L'homme était grand, et cachait sa femme de sa stature. Pourquoi ? Parce qu'elle était enceinte. 6, 7 mois ? Instinctivement, il s'était placé en avant. La première ombre eut un sourire. Un sourire de vendeur d'aspirateur. C'est d'ailleurs l'aspect qu'ils avaient : Leurs coupes de cheveux impeccables, leurs costumes gris, leurs sourires trop blancs pour être honnêtes… Des visages simples, sans caractéristiques particulières. Pourquoi se méfier ?
Parce qu'ils avaient du chloroforme dans les poches, et deux pistolets électriques chacun. Mais l'homme ne s'en rendit compte que quand il subit la décharge… La femme voulut s'enfuir. Normal, c'est parfaitement logique. Enfin, les chances de victoire au sprint d'une femme enceinte par rapport à deux hommes de corpulence normale sont… Disons, éloquentes. Elle fut stoppée dans son élan, le monde disparaissait sous les fleurs noirs.

Dans leur camionnette, les deux ombres étaient heureuses. Deux, bientôt trois prises si on attendait un peu. Ils auraient peut être une prime. Et leur patron serait en de bonnes dispositions…

"Alors, vous pourriez ne pas le faire"

Quand la poitrine du passager fut traversée d'une longue lame effilée, tout sembla normal pendant quelques secondes. Seul le bruit du moteur et des cahots. Une tête monstrueuse, inhumaine, se glissa entre les sièges. Le monde se teinta de du rouge de toutes ces fleurs…

"Et finalement, vous n'auriez pas dû le faire"

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Le patron regarda attentivement l'embryon en bocal qui était posé sur son bureau. Un embryon humain. Enfin, humain… Disons, presque. Il avait déjà de belles dents… Quand il serait grand, disons, 8 mois… Il pourra déjà broyer de l'acier. Mais l'aileron qui se développait sur son dos était dérangeant… Il valait mieux lui couper maintenant. Avec un peu de chance, il ne développerait pas de nageoire caudale, comme les autres… L'évolution humaine était sur terre.
Avec une moue dédaigneuse, le patron poussa l'embryon pour qu'on vienne le chercher. Modifier les bébés avant la naissance était une idée de génie. Mais les humains requins étaient difficiles à nourrir. Bon, heureusement, ils étaient souvent fournis avec la mère, qui n'avait alors plus d'utilité. Mais après… L'homme, étincelant d'intelligence, se tourna vers la fenêtre panoramique de son bureau. Une camionnette arrivait. De nouveaux sujets. Il se lécha les babines : Il faisait ça pour le bien de tous, mais… Qu'est ce que c'était amusant.

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La camionnette approcha du portail. Ce dernier était le seul point d'accès au gigantesque bâtiment, entouré d'un immense mur en béton. Enfin, un peu de "désherbant" aurait peut être pu aider à passer le mur… Mais les miradors auraient déjà alertés la sécurité. Seule solution : Emprunter la voie normale. Mais, aucune obligation de la faire normalement.

Mon compagnon était tellement ridicule dans son costume que je ne pouvais pas m'empêcher de sourire. Les déguisements n'étaient pas vraiment essentiels, je lui avait dit ça pour pouvoir rire un bon coup. Croyez moi, un hybride humain-insecte géant qui tente d'enfiler un costume, c'est amusant. Si, ça l'est. Arrêtez, vous ne pouvez pas imaginer.

Avec le temps, j'avais fini par comprendre que sous son air stupide, Kenny (Oui, Kenny. Il est d'accord, il aime bien d'ailleurs) n'était pas vraiment attardé. Il était… Observateur. Il apprenait vite. Mais il partait de loin…
Arrivés au poste de garde, il ne fallut pas longtemps à l'employé pour se rendre compte que les deux agents immobiliers avaient été remplacés par des mutants hybrides, recouverts d'agents immobiliers. Mais il ne fallut pas longtemps au jet d'acide de mon partenaire pour dissoudre la gorge de l'employé. Ce qui me donna l'occasion de déclamer la phrase la plus spirituelle jamais prononcée dans cette camionnette :

"Oh mon Dieu, tu as tué, Kenny !"

La mine heureuse du grand dadais assis côté passager valait tout l'or du monde. Ne me demandez pas pourquoi.
Nous avons donc continué dans la direction du bâtiment. La surveillance n'était pas très poussée, et ce pour une raison simple : Le laboratoire Prey principale était complètement paumé. Officiellement, cette entreprise développait des produits ménagers. Et les ménagères folles randonneuses voleuses ne couraient pas les rues. Nous, par contre, nous comptions bien nous balader un peu dans le bâtiment. En savoir plus. Tuer. Détruire. Éventuellement, voler du sucre, puisque nous n'en avions plus. Mais tuer, principalement.

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